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la langue bretonne  dans l'histoire


Deux documents pour faire le point

An diell-mañ a zo tennet eus ar mareadeg "Le peuple breton"  10/2001

La rentrée dans l'enseignement bilingue

7 365 élèves ont pris le chemin d'un des trois systèmes d'enseignement bilingue public, Diwan ou catholique. Nous ne parlons ici que de ceux-là et non des enfants et jeunes qui suivent une initiation ou des cours de breton.

Cela donne un plus de 811 élèves et une augmentation de 12,4% cette année.
L'an dernier, l'augmentation avait été de 892 élèves et 15,75%. 

Qu'on n'en conclut cependant pas une érosion quelconque de la demande. C'est la réponse qui a faibli.
Plusieurs projets aboutis ont été refusés comme à Landivisiau, Bruz, Ergué Gabéric pour l'enseignement public. Dans d'autres écoles, on n'a pris que la moitié des enfants inscrits, comme dans l'enseignement privé à Saint-Avé avec 29 sur 53 inscrits.

Par ailleurs, Dihun a retiré des listes deux écoles des Côtes-d'Armor qui se présentaient comme bilingues alors qu'elles ne répondaient pas au critère minimum de la parité horaire ainsi que les élèves de trois collèges du Morbihan qui font du breton, mais aucune matière dans la langue.

Cela fait en tout 300 élèves auxquels il n'a pas été répondu cette année: du jamais vu...

Autrement dit, si le travail avait été fait correctement, l'augmentation aurait été la plus forte de l'histoire de la progression du bilinguisme, soit plus de 1 200 élèves et plus 17 %.

 

Et encore nous ne parlons pas des centaines de demandes refusées dans de multiples écoles sous différents prétextes, ni les projets non suivis par les associations, sachant les difficultés qu'elles auraient à trouver des maîtres.

Branche par branche, l'augmentation est de 8 % à Diwan, 15 % à Div Yezh comme à Dihun.

Rentrons dans le détail:

Au niveau des maternelles, la progression est de 12% avec 3 540 petits, en primaire de 11,7% avec 2 833 enfants, et de 15,8% dans les collèges et lycées avec 992 jeunes.
II y avait 110 sites bilingues en l'an 2000, ils seront 114 cette année avec l'ouverture de Pontivy pour Diwan, de Redon, Saint-Avé et Languidic pour l'enseignement catholique (mais le retrait de Glomel et Rostrenen) et de Pont-Scorff et Lorient pour le public. Deux bonnes nouvelles pourraient venir de Vannes et Chartes-de-Bretagne où des filières doivent s'ouvrir quelques jours après la rentrée, mais qui ne sont pas comptabilisées dans cet article. Pour le moment, il y a donc 44 sites dans l'enseignement public (plus 2 très probablement), 39 dans l'enseignement catholique et 31 à Diwan. Les trois filières sont représentées dans les cinq départements bretons.

L'ouverture de seulement 5 nouveaux sites, contre 15 en 2000 et 11 en 1999 et 1998, est totalement insuffisante et ne répond nullement à l'ambition de mettre en place en Bretagne un « Plan de développement de l'enseignement bilingue ».

Répartition des élèves bilingues par systèmes et par départements pour la Bretagne en 2001
29 56 22 35 44 Total
Diwan 1502 377 427 97 206 2609
Public 855 660 679 359 75 2628
Privé 754 1139 103 86 46 2128
Total 3111 2176 1209 542 327 7365
en 2000 2794 1832 1224 427 275 6552
Evolution 317 344 -15 115 52 813
Evolution en % 11,35 18,78 -1,23 26,93 18,91 12,41
Site Primaire
14 12 16
P C D
14 21 6
P C D
11 3 5
P C D
4 2 1
P C D
1 1 3
P C D
44 39 31
P C D
114
P = Public  C = Catholique  D = Diwan

Par département, la progression est de 11,3 % dans le Finistère avec 3 111 élèves (+317), de 18,8 % dans le Morbihan avec 2 176 élèves (+344), de 26,9 % en Ille-et-Vilaine avec 542 élèves (+115) et de 12,9 élèves en Loire-Atlantique avec 327 (+52). La situation est particulière dans les Côtes-d'Armor avec 1 209 (-15) due au « déclassement » de deux écoles catholiques qui se disaient bilingues sans l'être.

Dans le club des villes les plus performantes et en comptant le nombre d'élèves de la maternelle au lycée, on trouve Vannes avec 450 élèves et 5 filières (des filières dans 2 écoles catholiques, un collège et un lycée, de même que dans 2 écoles publiques (très certainement) plus une école Diwan et un collège), puis Rennes 409 élèves (1 Diwan, 2 publiques avec collège et lycée, 1 catholique), Lannion 341 élèves dans le public et Diwan, Kemper 334 élèves dans 1 école publique, 2 Diwan et un collège, Nantes 264 élèves à Diwan dans les 3 filières, Carhaix 238 dans les 3 filières et le lycée Diwan et enfin 206 à Lesneven à Diwan et dans le catholique.

L'événement de la rentrée

C'est la publication tant attendue au J.O. du 13 août de l'arrêté permettant la mise en place de l'enseignement bilingue : «...soit pour la totalité des élèves des écoles, collèges et lycée « langue régionale», soit dans des sections «langues régionales» implantées dans d'autres écoles ou établissement. »

On peut donc « officiellement » créer des écoles totalement bilingues dans l'enseignement public, qui n'avait pas attendu la chose pour le faire, comme dans l'enseignement privé. Ce texte précise aussi que cela peut se faire suivant des modalités différentes adaptées aux différents niveaux, selon la parité horaire, ou selon la méthode dite d'immersion ou se situant entre les deux. On peut donc faire ce qu'on veut, la parité étant le minimum indispensable pour être qualifié d'enseignement bilingue. Ce même J.O. publie également le décret portant création du 5 ou 6ème « Conseil Académique » des langues régionales, chargé de la promotion et du suivi de la politique de développement.

C'est ensuite la publication au B.O. de l'Education nationale n° 33 du 13 septembre, des trois circulaires portant sur l'enseignement classique des langues dites régionales (ce qui est le cas de toutes les langues européennes actuelles...) sur l'enseignement dit à parité horaire et sur l'enseignement par immersion. Ces circulaires confirment l'intérêt pédagogique de l'enseignement bilingue bretonfrançais, souhaitent la mise en place de la parité horaire dans les collèges et lycées classiques, définissent que plusieurs types d'organisation sont possibles dans les écoles, les buts pédagogiques et les moyens à mettre en oeuvre dans le détail, permettent un développement dans les filières professionnelles, évoquent la formation et la mise en place en 2002 du « concours spécial» tant attendu, mais pour lequel il manque encore les modalités d'application.
 

Sans entrer dans le détail, disons que cet ensemble constitue un nouveau pas en avant important, qui ne doit pas nous démobiliser quant à la nécessité d'obtenir une vraie loi et la modification de la constitution, mais que nous devons saisir pour aller beaucoup plus loin sur le terrain et rendre les choses irréversibles.

Nous conclurons en donnant la parole à Jack Lang: «Je vous invite, avec les personnels concernés, à apporter à la mise en oeuvre de ce volet du programme de développement de l'enseignement des langues et cultures régionales toute la volonté nécessaire ». Qu'il soit entendu et retroussons nos manches.

Yannig BARON
Niver a skolidi er skoliou divyezhek Breizh


La « suspension de l'exécution » du protocole d'accord

An diell-mañ a zo tennet eus ar mareadeg "Le Monde"  01/11/2001
L'INTÉGRATION des écoles bretonnes Diwan dans le service public de l'éducation est en sursis. Et, au-delà, le plan de Jack Lang sur les langues régionales reçoit un sévère avertissement.
Le Conseil d'Etat, statuant en procédure de référé (Le Monde du 28 octobre), a en effet ordonné, mardi 30 octobre, la « suspension de l'exécution » du protocole d'accord, signé le 28 mai par le ministre de l'éducation nationale, prévoyant le passage sous statut public des établissements associatifs Diwan (1726 élèves) qui dispensent un enseignement du breton par « immersion », c'est-à-dire dans tous les cours et lieux de vie de l'école, des maths à la cantine, de la récréation au gymnase... L'ordonnance de la juge des référés, Marie-Eve Aubin, suspend également l'exécution des deux textes réglementaires organisant cet enseignement par immersion (arrêté du 31 juillet et circulaire du 5 septembre).

Même s'il ne s'agit là que d'une procédure d'urgence et que le fond de l'affaire ne sera examiné que dans les mois à venir, cette décision est une première victoire pour les mouvements laïques requérants: la FCPE (parents d'élèves), la Fédération des délégués départementaux de l'éducation nationale, la Ligue de l'enseignement, les syndicats d'enseignants SE-UNSA et SNES-FSU.
Le camp laïque, qui n'est pas opposé à l'enseignement d'une langue régionale « à parité » avec le français, condamne depuis des mois le projet - qualifié d'« électoraliste » - d'introduction dans le service public de la méthode d'apprentissage mise en place par l'association Diwan. « L'immersion relègue le français, langue de la République et de la Constitution, au rang de seconde langue », écrivait, il y a un an, le Comité national d'action laïque (organe fédérateur des mouvements précités) dans un courrier adressé à Lionel Jospin. Pour les défenseurs de l'Etat laïque et républicain, cette pédagogie est donc contraire à la Constitution et à la loi de 1994 sur l'emploi de la langue française, « langue de l'enseignement et du travail ».

« SITUATION D'URGENCE »
Le Conseil d'Etat a repris la thèse des requérants pour fonder sa décision, estimant qu'il existait un « doute sérieux quant à la légalité » des textes contestés. En outre, la haute juridiction administrative a reconnu la « situation d'urgence » - condition nécessaire pour que le référé soit recevable -, que démentait le ministère. L'ordonnance relève notamment que « les procédures devant conduire à l'affectation de personnels sont dès à présent engagées » et que « le conseil général du Finistère a, le 3 septembre 2001, accepté la prise en charge des dépenses liées à l'intégration au service public du collège Diwan de la commune de Relecq-Kerhuon ».

Selon l'avocat des requérants, M` Denis Garreau, la portée pratique de l'ordonnance du Conseil d'Etat est « de bloquer le processus en Bretagne mais aussi de stopper tout autre projet qui voudrait voir le jour ailleurs en France ». Me Garreau nous a indiqué, mercredi matin, qu'il allait « saisir, dans la journée, la justice administrative pour annuler la décision du conseil général du Finistère et surveiller de près la trentaine de communes qui s'apprêtent à voter sur l'intégration d'une école Diwan ».

A l'annonce de la décision du Conseil d'Etat, Andrew Lincoln, le président du mouvement Diwan, ne cachait pas sa « déception » de voir ainsi mis à mal « l'énorme travail fait avec le ministère ». « Cette décision va jeter un froid en Bretagne, a présagé M. Lincoln. L'opinion publique n'acceptera pas une remise en cause complète. Et s'il faut mobiliser, croyez-moi, ce sera massif et unitaire. »
Rue de Grenelle, mardi soir, on mettait aussi en avant la détermination ministérielle à faire aboutir ce projet. « Cela ne change rien à
ma conviction de fond, nous a fait savoir Jack Lang. Et s'il y a un obstacle juridique, on le surmontera. »

Marie-Laure Phélippeau